Objets Connectés, enjeux et confiance

 

La Commission Confiance et Identités Numériques de l’ACSEL associée à Baker&McKenzie a réuni le 19 mai 2015 une centaine de personnes sur le thème de la Confiance dans les objets connectés. 

 

Alors que le marché s’est initialement développé autour de silos (chaque fournisseur de services développant sa propre application avec ses propres standards), l’ouverture à l’écosystème et l’interopérabilité est devenue aujourd’hui incontournable jusqu’à devenir un argument de vente. La conférence illustrera par quatre cas concrets la façon dont des acteurs utilisent l’interopérabilité pour se positionner sur le marché des objets connectés.  Ces acteurs donneront également leur sentiment sur l’arrivée de nouveaux entrants (en particulier les GAFA) sur leur marché. Enfin, la conférence donnera à tout acteur évoluant sur ce marché les clés pour mieux appréhender et respecter les contraintes réglementaires, avec un focus particulier sur la problématique spécifique de la gestion des données à caractère personnel.

Minh-Viêt Pham, Directeur Innovation, Identités numériques et Valorisation des données personnelles, Groupe La Poste


EXTRAITS DES INTERVENTIONS

LES TENDANCES DU MARCHE

L’Internet des Objets c’est avant tout de l’échange de flux de données 

En introduction, Emmanuelle Olivié-Paul, Directrice associée de Markess, présente une enquête menée auprès des entreprises françaises. Il en ressort que 29% des entrepreneurs interrogés ont déjà investi dans l’Internet des Objets. Les projets émanent essentiellement des grandes entreprises pour des usages tels que la gestion des stocks, des bâtiments, des consommations, de la relation client.

La sécurité (40%); les problèmes d’interopérabilité (38%); le manque de maturité (30%) et la protection des données (28%) sont les difficultés majeures que rencontrent les entreprises dans la mise en œuvre d’un projet d’IOT. Emmanuelle Olivié-Paul insiste « L’Internet des Objets c’est avant tout de l’échange de flux de données ». Pas étonnant alors que pour 26% des entreprises sondées, le développement d’applications autour des objets connectés ait déclenché un projet de confiance numérique.
Emmanuelle Olivié-Paul, Directrice associée de Markess.

Lien vers la présentation

 

Les IOT accélérateurs de la transformation digitale, augmentent les risques d’ «Uberisation »

Dimitri Carbonnelle, fondateur de Livosphère a exposé le marché des IOT et ses tendances. Une étude d’AT Kearney, à horizon 2020, indique que l’usage des objets connectés permettrait aux ménages français d’économiser de 24 à 42 Mds€ et améliorerait la productivité (coût par unité de production réinvestie) de 30 à 64 Mds€.

Pour Dimitri Carbonnelle les IOT en tant qu’accélérateurs de la transformation digitale augmentent les risques d’ «Uberisation ». EDF, Total, L’Oréal, Danone, Procter & Gamble, Nestlé ou Sanofi sont autant d’entreprises qui peuvent se faire « uberiser » très rapidement à cause de l’Internet des Objets. « Votre entreprise est « uberisée » lorsqu’une autre société parvient à se mettre entre vous et votre client en proposant un service beaucoup plus adapté à ses vrais besoins. Elle arrive ainsi à capter une grosse partie de la valeur,  vous transforme en commodité, voire détruit votre business si vous n’êtes pas parmi les « Not so Happy few » fournisseurs ». Amazon a par exemple créé le bouton Dash pour garder la main sur la relation avec le client final. Les Dash Buttons se connectent au réseau Wi-Fi de votre foyer par le biais de l’application Amazon sur votre smartphone. Il suffit ensuite d’associer le produit que vous désirez réapprovisionner au bouton dans l’application.
Dimitri Carbonnelle, fondateur de Livosphère.

VERS UNE INTEROPERABILITE DES DONNEES : 4 CAS CONCRETS

La croissance exponentielle des flux de données issues des objets connectés, le partage, la conservation, l’agrégation et la création de services à valeur ajoutée constituent de nouvelles offres à destination de l’écosystème et des utilisateurs.

L’agrégation des données : le cauchemar numérique des utilisateurs des IOT

Avec Le Hub Numérique, Docapost se place en tiers de confiance avec une plateforme neutre et éthique qui permet de centraliser les données provenant de différents objets connectés et de les gérer de façon transverse (pas d’effet silo). La plateforme prend en charge l’ensemble des protocoles et des standards de communication. « Elle permet une mutualisation des infrastructures pour les fournisseurs de services » explique Raphaël Basset, Directeur du Marketing Stratégique & des Partenariats. Le Hub Numérique s’adresse dans sa version BtoB aux acteurs de l’IOT qui sont positionnés sur des verticales et/ou qui ne souhaitent pas (ou pour qui il n’est pas rentable) de développer leur propre plateforme de gestion de données. Côté BtoC «Nous sommes sur l’agrégation des données, cauchemar numérique pour l’utilisateur des IOT » précise Raphaël Basset. L’objectif est de « coller » au plus près des attentes des utilisateurs et de leur redonner la maîtrise des données. Il rappelle que La Poste, acteur de la confiance, est le premier hébergeur de données de santé en France.
Raphaël Basset, Directeur du Marketing Stratégique & des Partenariats, Docapost.

 

La valeur viendra du croisement des sources de données issues des IOT

Neutralité, éthique et agrégation sont aussi au cœur du positionnement d’Orange. « Avec Datavenue, nous créons un écosystème de confiance qui marque une vraie différence par rapport aux acteurs américains ou asiatiques » explique Tania Aydenian, Program Director de Datavenue. Elle déplore le manque d’un acteur européen fédérateur de l’écosystème qui soit « anti silo » et « cross univers verticaux ». Datavenue mise sur la transversalité des usages. Orange et ses partenaires : Aleph1, Malakoff Mederic, Mars Petcare, Netatmo, Schneider Electric, Seb, Société Générale et Suez Environnement, cherchent avec Datavenue à fédérer un écosystème des objets connectés et du Big Data. Tania Aydenian ajoute que « La valeur viendra du croisement des sources de données issues des IOT».
Tania Aydenian, Program Director de Datavenue, Orange.

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Dans 14 ans tout le monde aura conduit une voiture autonome

François Gatineau, Business Division Director, Connecting Living, Global Business Line Mobile & eTransactional Services, chez Worldline a présenté l’univers de la voiture connectée. « Dans 14 ans, soit le renouvellement de 2 générations de véhicules, tout le monde aura conduit une voiture autonome », explique François Gatineau. Les usages liés à l’univers de la voiture connectée sont très larges. Avec la géolocalisation, il sera possible, à l’approche du véhicule de la maison, d’ouvrir à distance la porte du garage, d’allumer le four ou la lumière du porche. Il estime qu’une donnée auto connectée peut être revendue autour de 10€ par an par donnée. Questionné sur l’approche des GAFA, François Gatineau explique que leur motivations principale est de garantir la continuité de leurs services dans l’environnement de la voiture connectée.
Worldline a notamment mis en place Connected Living pour le produit R-Link de Renault, système multimédia embarqué et connecté, qui équipe déjà de nombreux véhicules de la gamme Renault.
François Gatineau, Business Division Director, Connecting Living, Global Business Line Mobile & eTransactional Services, chez Worldline.

 

Withings Health Institute fédère des partenaires qui diffusent plus de 150 applications

Acteur emblématique dans le domaine du quantified self, Withings a développé un axe de différenciation avec le développement d’algorithmes pour offrir un coaching intelligent. « On passe du recueil passif et limité des données à un suivi continu, centré sur l’utilisateur qui devient acteur de sa santé ». explique Alexis Normand, Healthcare Development Manager, Withings.

La société pratique également l’ouverture des données. Elle a lancé une offre BtoB avec le Withings Health Institute à destination de la recherche et des professionnels de la santé. L’analyse des données issues de la santé connectée doit permettre d’optimiser le pilotage du système de soins. Withings fournit des objets connectés pour la surveillance du diabète, de l’obésité, de l’insuffisance cardiaque, de l’hypertension artérielle ou encore pour la rééducation cardiovasculaire. Withings travaille avec les Hôpitaux de Toulouse, La Stanford School of medecine ou encore la Générale de Santé. Withings a construit un écosystème BtoB avec des partenaires qui diffusent plus de 150 applications intégrées aux objets Withings et a publié le livre blanc de la santé connectée.
Alexis Normand, Healthcare Development Manager, Withings.

L’INTERNET DES OBJETS EST IL COMPATIBLE AVEC LA PROTECTION DES DONNEES PERSONNELLES ?

Il faut s’inspirer des recommandations des régulateurs en ayant une démarche proactive et innovante.

L’Internet des Objets est-il compatible avec la protection des données ? Denise Lebeau Marianna, avocate chez Baker&McKenzie, membre du comité de pilotage de la Commission Confiance et Identités numérique de l’ACSEL pointe les principaux défis de la protection des données des IOT : Quelle loi de protection ? Quelles responsabilités dans la chaîne des intervenants ? Absence de transparence sur les conditions de traitement, etc. « L’Internet des Objets en est à ses débuts et il impossible d’anticiper l’étendue de son évolution ». Mais il y a une certitude « toute donnée collectée dans le cadre de l’Internet des Objets est une donnée à caractère personnel ». Pour Denise Lebeau-Marianna, la mise en place de l’Internet des Objets suppose de respecter la législation mais aussi de s’inspirer des recommandations des régulateurs (Avis du G 29 sur les IOT notamment) en ayant une démarche proactive et innovante. Elle suggère de mettre en place une gouvernance pour encourager une culture de privacy et security by design et d’adopter une démarche de labellisation et d’entente sectorielle. Une protection des données efficace et une démarche de sécurité suffisante seront sans nul doute la clé du succès, conclue-t-elle.
Denise Lebeau Marianna, avocate chez Baker&McKenzie, membre du comité de pilotage de la Commission Confiance et Identités numérique de l’ACSEL.

 

Les IOT ces objets bavards et gourmands en données

Olivier Desbiey, Innovation and Foresight au pôle Etude, Innovation & Prospective de la CNIL confirme que les grands principes en matière de protection des données s’appliquent aux Objets Connectés : « Ces objets sont bavards et gourmands en données ». Une bonne part des données issues des IOT sont en lien avec l’intimité des individus, parfois avec leur corps et ce qu’ils en font. Il n’y a pas de données anodines par nature, car il y a toujours des possibilités d’interférence.

Les grands principes en matière de protection des données (finalité, proportionnalité et pertinence, durée de conservation, sécurité et confidentialité ainsi que le Droits des personnes) sont applicables aux IOT. L’avis du Groupe 29 sur les IOT du 14 septembre préconise une approche Privacy by design et recommande l’utilisation des données pertinentes pour le service en question (recours seulement aux données agrégées et effacement des données brutes une fois les données agrégées extraites). Olivier Desbiey cite quelques exemples de bonnes pratiques comme Hello de Sense, une application destinée à surveiller et analyser le sommeil. Dans cette application, les calculs sont effectués en local et seules les données pertinentes sont remontées.
Olivier Desbiey, Innovation and Foresight au pôle Etude, Innovation & Prospective de la CNIL.

QUELLES FRÉQUENCES ? QUELLES CONTRAINTES JURIDIQUES POUR L’INTERNET DES OBJETS ?

On ne sait pas aujourd’hui quels réseaux vont utiliser les 50 mds d’objets connectés prédits d’ici 2020

Joëlle Toledano, auteure du Rapport « Une gestion dynamique du spectre pour l’innovation et la croissance » explique qu’il y a des problématiques spécifiques au contrôle des interférences entre les « milliards » d’objets connectés. Il faut prévoir et anticiper. On ne sait pas quels réseaux vont utiliser les 50 mds d’objets connectés prédits d’ici 2020 par les experts. Plusieurs solutions technologiques sont envisageables en fonction de la nature des objets à connecter : les réseaux mobiles (2G/3G ou 4G), les réseaux dédiés utilisant des fréquences basses ouvertes, des liaisons Wifi ou Bluetooth. Il convient de distinguer les bandes ouvertes à tous et libres de droit à partager et les fréquences fixes et mobiles contrôlées. Ces solutions répondent à des modèles économiques différents. L’utilisation croissante et innovante des fréquences en partage conduit à repenser leur gestion, d’un point de vue économique, technique et juridique.
Joëlle Toledano, auteure du Rapport

Les IOT ne se déploient pas dans un univers réglementaire vierge

De nombreux acteurs interviennent dans l’univers des objets connectés. « Selon leur positionnement dans la chaîne de valeur ils sont susceptibles d’être exposés différemment à la réglementation des communications électroniques » explique Christian Blomet, avocat chez Baker&McKenzie. Les IOT ne se déploient pas dans un univers réglementaire vierge mais à la confluence de plusieurs réglementations sectorielles existantes, avec lesquelles les fournisseurs de services vont devoir compter. Par exemple, le fournisseur de services devra vérifier s’il peut être qualifié de fournisseur de services de communications électroniques selon les critères de l’ARCEP. Il faut également veiller à la mise sur le marché d’équipements de radio et télécommunications qui sont aussi réglementés. De plus, l’Internet des Objets favorise les communications de données sur les réseaux. Ces nouveaux usages ont des impacts importants sur la numérotation.

Christian Blomet, avocat chez Baker&McKenzie.

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