ACSEL REVIEW – L’EDITO – La France peut-elle être le champion du digital européen ?

Par Cyril ZIMMERMANN,
Président de l’ACSEL

CZSe posela question du numérique français, c’est faire le constat d’un potentiel fortement bridé, alors qu’il s’agit d’un enjeu stratégique et que la France a tous les atouts pour y réussir de façon exceptionnelle. Dès lors, l’essentiel est de lever les obstacles qui freinent le développement du numérique au détriment de l’économie et de la société française.
L’économie digitale : une chance à saisir pour la France

A l’échelle de l’Europe, le numérique représente un potentiel de 1,8 à 2,3% de croissance supplémentaire et 1 million d’emplois d’ici 2020.
Une étude effectuée par McKinsey avec le Medef évalue à 100 milliards d’euros par an l’enjeu de croissance de la France, soit un bond de 5% de son PIB, si elle parvenait à s’aligner sur les pays leaders en matière de numérique.

Laissons aux économistes et aux historiens le débat de savoir si le numérique constitue ou pas la révolution industrielle de XXIème siècle. Maintenant et indéniablement, le numérique doit être notre priorité car il est le secteur le plus stratégique pour préparer notre avenir : le plus dynamique, pourvoyeur de croissance et créateur d’emplois pour les jeunes, le vecteur le plus efficace pour restaurer la compétitivité de l’économie française.

Au-delà des chiffres, le numérique est au cœur d’un bouleversement majeur de nos codes, de nos process et de nos usages.  Travail, production, consommation, toutes les cartes sont redistribuées. Le numérique agit comme une lame de fond et impacte globalement notre mode de vie.

L’enjeu est donc vital : la France sera-t-elle un acteur majeur de ce nouvel âge numérique avec l’influence qui permet d’en tirer les bénéfices, ou sera-t-elle un acteur secondaire et dépendant qui ne se contentera que de profiter de ses avantages en tant que consommateur passif ?
Sur le papier, la France possède toutes les conditions pour être un acteur majeur de l’essor numérique :

  • une jeunesse bien formée ;
  • des ingénieurs de grande qualité ;
  • un marché national assez important pour lancer de belles entreprises ;
  • une épargne importante pouvant investir ;
  • une grande créativité (la fameuse « french touch »), etc.

Il y a peu de pays dans le monde qui disposent d’un tel ensemble d’atouts. Malheureusement, le constat est que la France ne l’exploite pas suffisamment.
Notre défi : rattraper et dépasser le retard du numérique français

Malgré ses atouts, la France a pris du retard dans l’intégration du numérique dans son économie. L’économie digitale représentait 5,5% du PIB de la France en 2013, contre 8% aux Etats-Unis et 10% au Royaume Uni.

Les effets directs et indirects de l’accumulation de capital numérique ont contribué à la moitié de la croissance aux Etats-Unis, mais seulement à un quart en France. Ce sous-investissement numérique a contribué au manque de croissance de la France qui n’a été en moyenne que de 2% entre 1980 et 2008, alors qu’elle a été  de 2,5% au Japon, de 2,6% au Royaume Uni et de 2,9% aux Etats-Unis.

Certes la France a pris du retard, mais au regard de nos ressources nous pouvons rapidement le rattraper et le dépasser si les entreprises françaises s’engagent dans la transformation digitale et deviennent les fers de lance d’une acceptation économique et culturelle de ce changement.
Le défi qui s’impose à l’économie française est d’accepter avec urgence que la transformation digitale comporte plus d’opportunités que de risques.

En effet, si l’avantage numérique _ le potentiel d’augmenter considérablement sa croissance via l’usage plus poussé du numérique _ est dorénavant clairement identifié par les acteurs économiques français il n’en demeure pas moins que le passage à l’acte est plus compliqué.

Les chiffres de la dernière étude de Roland Berger, menée avec le soutien de Cap Digital et de Google, l’attestent : 57% des entreprises françaises jugent le numérique comme un axe stratégique à moyen terme, mais seulement 36% ont formalisé une stratégie adaptée et 20% disposent d’un responsable dédié au numérique.

 

De l’audace, de l’action, et oui la France a toutes ses chances pour devenir le champion du digital européen.

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